Guide pratique · Sécurité électronique

Comment constituer un DOE en sécurité électronique ?

Le dossier des ouvrages exécutés décrit une installation telle qu’elle a été réellement posée, raccordée et mise en service. Ce guide s’adresse aux installateurs d’alarme, de vidéosurveillance et de contrôle d’accès : ce qui fixe son contenu, ce qu’il contient en pratique, et comment le constituer sans tout reprendre à la fin du chantier.

Qu’est-ce qu’un DOE ?

Le DOE, ou dossier des ouvrages exécutés, rassemble les documents qui décrivent une installation telle qu’elle a été réalisée : où se trouve chaque équipement, de quel modèle il s’agit, comment il est raccordé, comment il fonctionne et comment l’entretenir. Il ne décrit pas le projet tel qu’il avait été prévu, mais l’ouvrage tel qu’il a été livré, écarts compris.

Pourquoi il compte à la réception

Dans les marchés qui appliquent le CCAG Travaux, l’entreprise remet le DOE au maître d’œuvre lorsqu’elle demande la réception des travaux. Ne pas l’avoir remis à cette date entraîne des pénalités ou une retenue, dont le montant est prévu par les documents particuliers du marché (article 40.1 (Légifrance, nouvel onglet)).

Pourquoi il compte bien après

Le dossier sert ensuite à tous ceux qui interviennent sur le site : l’exploitant qui cherche quel détecteur a déclenché, le technicien qui doit remplacer une caméra sans savoir sur quel port elle est raccordée, l’entreprise qui reprend une installation posée par une autre. Un dossier fidèle évite de tout relever à nouveau avant d’intervenir.

À qui s’adresse ce guide

Aux installateurs et intégrateurs de sécurité électronique, à leurs chargés d’affaires et à leurs techniciens, qu’ils interviennent en direct, en sous-traitance ou en lot séparé. Il ne remplace ni la lecture des pièces de votre marché, ni l’avis d’un juriste en cas de doute sur une obligation.

Ce qui fixe le contenu du DOE

Le marché d’abord

Il n’existe pas de liste unique, valable pour tous les chantiers. Ce que vous devez remettre, sous quelle forme, à qui et à quelle date se lit d’abord dans les pièces de votre marché : le cahier des clauses administratives particulières (CCAP), le cahier des clauses techniques particulières (CCTP), ou le contrat lui-même pour un marché privé. Un CCTP de vidéosurveillance peut exiger un plan d’adressage IP ; un autre n’en dira rien.

Le CCAG Travaux, quand le marché s’y réfère

Le cahier des clauses administratives générales des marchés publics de travaux, dit CCAG Travaux, a été approuvé par l’arrêté du 30 mars 2021. Il n’est applicable qu’aux marchés qui s’y réfèrent (Légifrance, nouvel onglet), et ces marchés peuvent déroger à certaines de ses stipulations, à condition de l’indiquer dans le CCAP (article 1er (Légifrance, nouvel onglet)).

Lorsqu’il s’applique, son article 40 (Légifrance, nouvel onglet) décrit les documents fournis après exécution. Quand il demande la réception, le titulaire remet au maître d’œuvre les dossiers des ouvrages exécutés, qui comprennent notamment :

  • les plans d’exécution conformes à la réalisation ;
  • les fiches techniques des matériaux et produits mis en œuvre, et les spécifications de pose ;
  • les notices de fonctionnement et les prescriptions de maintenance des éléments d’équipement ;
  • les conditions de garantie des fabricants attachées à ces équipements ;
  • les constats d’évacuation des déchets ;
  • les documents nécessaires à l’établissement du DIUO, préalablement validés par le maître d’œuvre.

Le même article précise que le contenu du DOE est fixé par les documents particuliers du marché, et qu’il comporte au moins les plans d’exécution conformes aux ouvrages exécutés, les notices de fonctionnement et les prescriptions de maintenance (article 40.2). Les documents sont remis dans le format numérique défini par le marché, qui précise aussi si des exemplaires papier sont exigés. En cas d’allotissement, chaque lot fournit son DOE dès qu’il a achevé ses ouvrages.

Le marché désigne la version du CCAG à laquelle il se réfère. Ce guide cite celui qu’approuve l’arrêté du 30 mars 2021, dans sa version en vigueur le 26 octobre 2026.

DOE et DIUO : deux dossiers distincts

Les deux dossiers se recoupent, un plan d’implantation pouvant servir à l’un comme à l’autre, mais ils ne répondent pas à la même question.

DOE · dossier des ouvrages exécutés

Ce qu’il décrit
L’installation telle qu’elle a été exécutée.
Qui le constitue
L’entreprise, pour les ouvrages qu’elle a réalisés.
À qui il est remis
Au maître d’œuvre, dans les marchés qui appliquent le CCAG Travaux ; sinon, au destinataire que fixe le contrat.

DIUO · dossier d’intervention ultérieure sur l’ouvrage

Ce qu’il rassemble
Les données de nature à faciliter la prévention des risques professionnels lors des interventions ultérieures.
Qui l’établit
Le coordonnateur en matière de sécurité et de protection de la santé (SPS), à la demande du maître d’ouvrage (Code du travail, article L4532-16 (Légifrance, nouvel onglet)).
Votre rôle
Fournir les éléments demandés. Le CCAG Travaux prévoit qu’un exemplaire en soit aussi transmis au coordonnateur.

Le DOE dit ce qui est installé ; le DIUO, comment intervenir dessus en sécurité, par exemple pour atteindre un équipement posé en hauteur ou en faux plafond.

Selon le type de chantier

  • Marché public qui se réfère au CCAG Travaux. L’article 40 s’applique, sous réserve des dérogations listées au CCAP.
  • Marché qui ne s’y réfère pas, ou marché privé. Ce sont les pièces contractuelles qui fixent ce que vous devez remettre. Demandez la liste des documents attendus avant la réception, pas après.
  • Sous-traitance. Vos obligations de remise découlent du contrat qui vous lie à l’entreprise principale : c’est à elle que vous remettez vos documents, selon ses exigences.
  • Extension ou modification d’un système existant. Le contrat peut ne rien exiger. Mettre à jour le dossier existant reste le seul moyen de le garder fidèle.

Le contenu type d’un dossier

Voici une trame pratique, à adapter aux pièces de votre marché et au système installé. Ce n’est pas une liste réglementaire : certaines rubriques ne vous seront pas demandées, d’autres s’y ajouteront.

Identification du chantier et des intervenants
Le site et son adresse, le maître d’ouvrage, le maître d’œuvre, le lot concerné, l’entreprise et son référent, la date de mise en service, la référence et l’indice du dossier.
Plans conformes à l’exécution
L’implantation réelle de chaque équipement, avec son repère, sur des plans à jour. Les écarts avec le projet y sont reportés : une caméra déplacée de deux mètres n’est plus à l’endroit dessiné.
Inventaire des équipements
Un tableau par système : repère, type, marque, référence, numéro de série, emplacement et, selon le cas, adresse IP ou zone. C’est la table de correspondance entre le plan et le matériel posé.
Fiches techniques et notices
Les fiches techniques, les notices d’installation et de fonctionnement des matériels, dans la version qui correspond aux références réellement livrées.
Raccordements et câblage
Les cheminements, le repérage des câbles, les borniers, les synoptiques, le brassage en baie : de quoi savoir où arrive chaque liaison sans rien démonter.
Exploitation et maintenance
Les consignes d’utilisation destinées à l’exploitant et les prescriptions de maintenance, comme le remplacement des batteries lorsque le fabricant en fixe la durée de vie.
Essais, réception et garanties
Lorsqu’ils sont requis : les procès-verbaux d’essais et de mise en service, les réserves et leur levée, les conditions de garantie des fabricants.
Documents propres au système et au contrat
Ce que le CCTP ou les règles propres au système exigent en plus, comme les documents spécifiques aux systèmes de sécurité incendie.

Ce qui change selon le système

Le socle reste le même ; les détails utiles changent d’un système à l’autre. Ce qui suit relève des points d’attention courants, pas d’exigences.

Intrusion

  • Le plan des détecteurs, claviers, sirènes et de la centrale, avec leurs repères.
  • La table des zones : numéro, libellé, type de détecteur, emplacement.
  • Le raccordement des détecteurs et des modules d’extension, l’alimentation et les batteries de secours.
  • Le moyen de transmission de l’alarme et son destinataire.
  • Les codes d’accès et le code installateur : jamais dans le dossier, remis à part.

Vidéosurveillance

  • L’emplacement, la hauteur de pose et l’orientation de chaque caméra, et son champ de vision à la mise en service, en photo.
  • L’identité : marque, référence, numéro de série, adresse MAC, version du firmware.
  • Le réseau : adresse IP, VLAN, switch et port, enregistreur et voie d’enregistrement.
  • L’alimentation, PoE ou locale, et le câble de raccordement.
  • Les identifiants d’administration des caméras et de l’enregistreur : remis séparément.

Contrôle d’accès

  • La liste des accès contrôlés : porte, lecteur, organe de verrouillage, bouton de sortie, contact de porte.
  • L’emplacement des unités de traitement et leur raccordement au bus et aux lecteurs.
  • Le comportement de chaque porte en cas de coupure d’alimentation, lorsqu’il a été défini.
  • Les liaisons avec d’autres systèmes, lorsqu’elles existent : qui commande quoi, par quel raccordement.
  • Qui administre les badges et les droits après la réception.

Sécurité incendie : des règles propres

Les systèmes de sécurité incendie obéissent à des règles qui leur sont propres. Dans les établissements recevant du public, ils relèvent notamment du règlement de sécurité contre les risques d’incendie et de panique (Légifrance, nouvel onglet), approuvé par l’arrêté du 25 juin 1980. Des documents spécifiques peuvent être exigés, par ce règlement, par les normes que le marché rend applicables ou par le marché lui-même.

Ce guide n’en dresse pas la liste : reportez-vous aux textes applicables à l’établissement, aux pièces du marché et aux indications du maître d’œuvre.

Exemple : une caméra remplacée

Un exemple pour montrer ce qu’une modification change dans le dossier. Le site, les références, les adresses et les dates sont inventés.

Dans le parking d’un bâtiment, au niveau -1, la caméra CAM-07 qui surveille la rampe d’accès est endommagée. Elle est remplacée par un modèle plus récent ; le reste de l’installation ne change pas.

Fiche équipement CAM-07 · extrait de DOE

Exemple fictif

Bâtiment de démonstration · parking, niveau -1

Emplacement
Plan « Niveau -1 », poteau P12, hauteur de pose 2,80 m, orientée vers la rampe d’accès
Équipement posé
DémoVision DV-B4-40 · n° de série DEMO-B440-0731 · MAC 00:00:5E:00:53:27 · firmware 3.1.0
Équipement retiré
DémoVision DV-B2-28 · n° de série DEMO-B228-0198 · retiré le 14/10/2026
Réseau
IP 192.0.2.27 (inchangée) · VLAN 20 · switch SW-01, port 7 · enregistreur NVR-01, voie 7
Raccordement
Câble C-107, de la baie B1 à CAM-07, conservé · alimentation PoE
Photos
Pose · étiquette du câble côté caméra · champ de vision à la remise en service
Documentation
Fiche technique et notice d’installation du DV-B4-40, ajoutées au dossier
Accès
Identifiants d’administration remis séparément au client, absents du dossier
Révisions du dossier
IndiceDateObjet
A03/03/2026Création, à la mise en service
B14/10/2026Remplacement de CAM-07 : fiche, photos, notice et plan mis à jour
Données fictives : l’adresse IP et l’adresse MAC appartiennent aux plages réservées à la documentation.

Ce qui a changé dans le dossier

  • La fiche décrit la nouvelle caméra. L’ancienne reste mentionnée comme retirée, avec sa date, pour que l’on sache ce qui a été remplacé, et quand.
  • Les données réseau, inchangées, sont vérifiées sur place plutôt que recopiées de l’ancienne fiche.
  • La notice du nouveau modèle remplace celle de l’ancien.
  • Le dossier passe à l’indice B, et le tableau des révisions dit pourquoi.
  • Les identifiants changent avec le matériel : ils sont remis au client par un autre canal, jamais ajoutés au dossier.

Un dossier qui contient des informations sensibles

Un DOE technique décrit précisément une installation de sûreté : l’emplacement des caméras et ce qu’elles ne voient pas, l’adressage du réseau, les points d’accès, parfois les moyens de s’y connecter à distance. Entre de mauvaises mains, il devient un mode d’emploi pour contourner le système.

  • Ne faites figurer dans le dossier ni mots de passe, ni codes d’accès, ni identifiants de connexion à distance. Remettez-les à part, à la personne que le client désigne.
  • Évitez les dépôts librement accessibles : un lien de partage ouvert à tous, un courriel transféré de boîte en boîte, une clé USB laissée sur le site.
  • Limitez la diffusion à ceux qui en ont besoin, et demandez au client comment il souhaite recevoir et conserver le dossier.
  • Datez et indicez chaque version, pour qu’un dossier périmé ne circule pas comme s’il était à jour.

Dans les marchés qui appliquent le CCAG Travaux, les documents remis sous forme électronique doivent être sécurisés, identifiables et interopérables avec les logiciels du maître d’œuvre et du maître d’ouvrage spécifiés dans les documents particuliers du marché (article 40.2 (Légifrance, nouvel onglet)).

Constituer le dossier pendant le chantier

Reconstituer un DOE à la fin du chantier, c’est demander à l’équipe de se souvenir de détails qu’elle n’a pas notés : quel port, quelle référence livrée, quel cheminement. La méthode la plus sûre consiste à compléter le dossier à chaque étape, au moment où l’information est sous les yeux.

  1. À la préparation

    Partez des plans du projet et de la liste du matériel prévu. Fixez les repères — CAM-07, DET-12, LEC-03 — et ne les changez plus : ce sont eux qui relient le plan, l’inventaire et les étiquettes posées sur le terrain.

  2. À la pose

    Reportez l’emplacement réel dès que l’équipement est posé, avec une photo. Si une caméra a été déplacée pour éviter un obstacle, le plan se corrige le jour même, pas de mémoire trois semaines plus tard.

  3. Au raccordement

    Notez le câble, son repère et son point d’arrivée — bornier, centrale ou port de switch — au moment où il est raccordé. Un port changé lors du brassage final, et jamais reporté, suffit à rendre la fiche fausse.

  4. À la mise en service

    Relevez ce qui n’existe qu’à ce moment-là : numéro de série, adresse MAC, version du firmware, adresse IP attribuée. Photographiez les étiquettes plutôt que de recopier à la main.

  5. Aux essais et à la réception

    Joignez les procès-verbaux exigés par le marché. Si la levée d’une réserve modifie l’installation, le dossier suit.

  6. Après la réception

    Chaque intervention — remplacement, extension, déplacement — met le dossier à jour, sous un nouvel indice. Sans cela, il cesse d’être fidèle dès la première modification.

Une règle simple aide à tenir le rythme : une information se saisit une seule fois, par la personne qui l’a sous les yeux, à un endroit que toute l’équipe consulte.

Liste de contrôle avant remise

À parcourir avant de remettre le dossier, en l’adaptant à votre marché. Les cases se cochent au fil de la relecture ; rien n’est enregistré.

Cadre

Identification

Plans et équipements

Documentation

Raccordements

Exploitation et réception

Confidentialité

Ce que Tintonex apporte, et ce qu’il ne fait pas

Tintonex est un logiciel de documentation technique pour les installateurs de sécurité électronique. Il tient, pendant et après le chantier, une partie de ce que décrit ce guide : la mémoire technique de chaque site, équipement par équipement.

Plans et équipements
Vos plans, en PDF ou en image, deviennent le support du dossier : chaque équipement y est posé à son emplacement. Les quantités se comptent par modèle ou par référence, pour un plan ou pour le site.
Une fiche par équipement
Marque, référence, numéro de série, adresse MAC, firmware, dates d’installation et de fin de garantie, adresse IP, VLAN, switch, port, enregistreur : un champ pour chaque information, renseigné quand vous la connaissez.
Photos et notes
Des photos rattachées à l’équipement, pour garder ce qui a été vu sur place, et des notes pour ce qui n’entre dans aucun champ.
Câblage
Les liaisons se tracent sur le plan, d’un équipement à l’autre, par famille de câble. Sur un plan calibré, leur longueur réelle se mesure.
Remplacements et journal
Un équipement remplacé est retiré du parc en désignant son remplaçant, et reste consultable. Le journal d’activité indique qui a modifié un équipement, et quand.
Le dossier PDF d’un plan
Le plan annoté, puis une fiche par équipement, avec ses câbles reliés et ses photos. Les retraits et les remplacements y sont mentionnés.

Le mot de passe d’accès d’un équipement fait l’objet d’un chiffrement dédié : seuls les profils autorisés peuvent l’afficher, et il ne figure pas dans le PDF, qui indique seulement qu’un accès est renseigné.

Ce qu’il ne fait pas

Tintonex ne constitue pas automatiquement un DOE réglementaire complet : le dossier PDF d’un plan en est une pièce utile, pas le dossier entier. Il ne remplace ni les pièces contractuelles, ni les notices des fabricants, ni les procès-verbaux, attestations et documents propres à certains systèmes, qui restent à joindre. Il n’établit pas de DIUO et n’exporte pas vers un tableur.

Voir ce que Tintonex documente pour une caméra de vidéosurveillance

Textes de référence

Textes relus sur Légifrance le 26 octobre 2026. Ce guide est une aide pratique, sans valeur juridique : en cas de doute sur une obligation, les pièces de votre marché et les textes en vigueur font foi.

Voyez comment Tintonex tient le dossier technique d’un site

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